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Debout pour un changement!

L’occupation de la place fédérale par les activistes du climat a marqué le retour du thème du climat dans le paysage politique de la Suisse. En direct, Mathilde raconte et nous livre ses réflexions.

A celles et ceux qui nous reprochent l’usage de la désobéissance civile pour exiger la justice climatique et sociale, nous répondons :

Être debout pour un changement écologiste et anticapitaliste, c’est légitime !

Je fais mon sac dimanche matin avant l’action : BAM dans ta tronche, aux informations, les feux de forêts en Amazonie. Juin 2020 a compté le plus grand nombre d’incendies en Amazonie des 13 dernières années1. Ce qui devrait être illégal, ce sont les pratiques des multinationales actives dans le bois, l’or ou encore l’agro-industrie qui ont pour conséquences la déforestation !

En route avec tout mon paquetage (habits pour une semaine, tente, matelas, sac de couchage, affaires pour le travail, etc.), je passe devant le magasin Nespresso. Ce qui devrait être illégal, c’est la privatisation de l’eau et sa mise en bouteille de plastique, comme le fait Nestlé !

Go to Bern, avec tout mon amour pour cette planète et les êtres qui y vivent et toute ma rage contre ce système toxique.

Au briefing d’Extinction Rébellion (XR), on nous transmet les informations nécessaires. Nous nous répartissons par rôles : bloqueur.euse.s, chargé.e.s de se mettre en place dès notre arrivée sur la place fédéral pour « tenir » une partie des barricades avec leurs corps et des harmlocks, sortes de tuyaux qui relient deux activistes et retardent l’évacuation par la police si nécessaire ; ange gardien.ne.s qui prendront soin des personnes qui bloquent, etc. Moi, c’est l’équipe logistique que je rejoins cette fois-ci. Nous nous occuperons du matériel, surtout des sacs des activistes.

Après une courte nuit plus qu’étrange, passée dans une immense Église à Berne, à dormir entre les bancs à côté de l’Orgue, c’est au son d’une voix de femme qui chante que nous nous réveillons à 4h du matin et nous nous préparons en vitesse pour nous tenir prêt.e.s. Ça y est, les portes s’ouvrent ! Nous nous dirigeons d’un pas rapide et décidé vers la place fédérale. Là, dans la pénombre, convergent les autres groupes d’activistes. Les très jeunes participant.e.s de la grève pour le climat se font entendre, côté Waisenhausplatz, à coup de slogans « What do we want ! Climate Justice. When do we want it, now !» Un groupe de cyclistes déboule, se pose devant la Banque Nationale Suisse (BNS) et commence à installer une barricade de vélos, tandis qu’un tracteur livre ses bottes de paille pour que nous puissions construire la première ligne du blocage que tiendra XR, en face du Palais fédéral.
Petit à petit, derrière nous, « un village climat » se met en place alors que le jour se lève et que les premier.ère.s passant.e.s commencent à s’apercevoir de notre présence : tentes où se tiendront les assemblées de prises de décision et les conférences, toilettes sèches, cuisine, camping. La police est là, elle aussi, mais semble pour l’instant nous observer.
Bientôt commenceront les négociations avec les autorités qui chercheront à nous déloger de cette place, puisque nous l’occupons illégalement. Nous n’avons pas l’autorisation d’y être et toute manifestation politique y est interdite pendant la tenue des sessions parlementaires.

Ce qui devrait être illégal, ce sont les investissements dans les énergies fossiles des banques qui trônent sur cette place et devant lesquelles nous campons pacifiquement. « De 2016 à 2019, Crédit Suisse a prêté 75 milliards à la filière des fossiles. La BNS est responsable de 43,3 millions de tonnes d’émissions de CO2 par an, soit l’équivalent du bilan carbone de toute la population helvétique. »2

Être debout pour un changement antiraciste et féministe, c’est légitime !

Après les journées de lundi et mardi passées au bureau à Berne, puisque je travaille aussi cette semaine, comme nombre d’entre nous qui avons jonglé entre l’occupation de la place fédérale et nos autres obligations, je reviens pour de bon mardi en fin d’après-midi sur le camp climat. J’y découvre une situation tendue et révoltante : alors que d’une part, les négociations pacifiques avec la police sont encore en cours en vue de nous faire évacuer la place, celle-ci fait usage de la violence contre une autre manifestation avec laquelle le camp climat s’est solidarisée, celle de Stop Isolation : « Gaz irritant, canon à eau, Flash-Ball d’un côté et dialogue de l’autre… la marche organisée par des personnes migrantes dans le but de dénoncer leurs conditions de vie en Suisse n’a pas bénéficié du même traitement que l’action des campeurs pro-climat quelques mètres plus loin », indiquait à ce propos un ami activiste dans un des trop rares articles3 thématisant ce moment flagrant de racisme institutionnel.

C’est cette violence structurelle de la police contre certaines populations et pas d’autres, le renvoi de réfugié.e.s et le refus d’accueillir celles et ceux encore bloqué.e.s dans les camps en Grèce qui devraient être illégaux.

Ce même soir, après avoir finalement pu accueillir au son du slogan « personne n’est illégal » les sans-papiers, requérant.e.s d’asile débouté.e.s et autres personnes solidaires de la manifestation réprimée, un orage s’abat sur le camp climat. Abritées tant bien que mal sous les tentes, des assemblées se tiennent afin de décider collectivement et horizontalement de la poursuite de l’occupation. Ensuite, tout le monde se prépare à l’arrivée imminente des forces de polices : l’évacuation semble être prévue pour cette nuit.

L’image la plus forte que je garderai à vie de cette nuit-là, la voilà : de très jeunes activistes, dans les 15-18 ans, se tenant les un.e.s aux autres, dans le vent et la nuit, qui chantent face à une ligne de policiers qui les fixent : « Take me by the hand, strong in solidarity we stand, fight for climate Justice ! »

Dernier acte de mon vécu de cette semaine d’action. Je reviens à Berne vendredi matin, un peu reposée émotionnellement et physiquement pour déjà replacer mon énergie là où l’exige cette journée : tenir le discours de solidarité des collectifs romands de la grève féministe lors de la manifestation pour la justice climatique qui clôt la semaine Rise up for change. Là aussi, en résumé : ce qui devrait être illégal, c’est de dépenser l’argent public pour des avions de combat dont le carburant utilisé pour une heure de vol équivaut à 2,5 fois le tour de la terre en voiture, alors que les tâches de soin, essentielles et effectuées majoritairement par des femmes, restent peu ou pas rémunérées.

La lutte pour un monde juste et qui respecte la planète est légitime et nécessaire, alors vive la culture de résistance !

1 « Pourquoi l’Amazonie brûle-t-elle », Tatiana Fonseca Oliviera, Contretemps, 17.08.2020
2 Communiqué de presse de Solidarités, 2.10.2020
3 « Violences policières dénoncées », Le Courrier, 25.09.2020

Mathilde Hofer : Activiste Extinction-Rébellion

Photo: Climatestrike

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